Parmi l’ensemble des solutions d’apprentissage de la musique à Paris, l’inscription au conservatoire présente certains avantages.

Ce sont des établissements largement subventionnés par les communes, ce qui leur permet :

  • d’offrir des cours d’instruments très variés : en dehors du piano ou de la guitare, l’enfant peut choisir son instrument parmi tous ceux de l’orchestre symphonique
  • de disposer d’équipements et de locaux souvent de très grande qualité, pourvus notamment d’une bonne acoustique. Certains conservatoires possèdent un auditorium.
  • d’organiser certains événements dans des locaux municipaux (mairie, salles et autres espaces) mis à disposition par la commune.
  • de proposer à chaque enfant un important volume de cours sur des axes variés et utiles. Ainsi, en plus de la pratique instrumentale individuelle, l’enfant y suit des cours d’ensemble instrumental (orchestre et/ou musique de chambre),  de chorale et de formation musicale.
  • d’offrir un tarif d’inscription très bas en regard de tout ce qui est proposé, tarif indexé sur le quotient familial

 

Mais ce lieu plein de qualités comporte aussi quelques désagréments

D’abord l’inscription au conservatoire est très difficile puisque la demande dépasse largement le nombre de places disponibles.

Ensuite, ce premier point négatif a tendance à entraîner comme corollaire un système de valeurs élitiste.  A l’entrée, les enfants ne sont pas sélectionnés autrement que par leur ordre d’inscription (par tirage au sort pour les conservatoires d’arrondissements parisiens). Il n’y a pas de test particulier. Mais au fil des ans, malheureusement tous ne restent pas, non pas parce qu’ils sont mis “hors circuit”, mais parce le taux d’abandon est élevé dans les premières années d’apprentissage. Beaucoup d’enfants décrochent parce qu’ils trouvent le niveau d’exigence trop élevé et ne sont pas captivés par l’enseignement qu’on leur propose.

Pour résumer, la philosophie du conservatoire c’est de se préoccuper avant tout de la formation des musiciens professionnels.
Bien sûr, ce n’est pas là le “discours officiel” : dans les conservatoires on vous dira que l’amateurisme c’est très bien aussi et que bien sûr tout le monde ne cherche pas à devenir musicien professionnel. Mais dans les faits,  l’enseignement dispensé dans les CRR (conservatoire à rayonnement régional) de France, et dans les conservatoires municipaux (comme les 17 conservatoires parisiens dits “d’arrondissement”) est conçu par une instance nationale. Et il a pour objectif d’amener les élèves, si possible en 8 à 10 années d’apprentissage, au niveau leur permettant de se présenter plus tard au CNSM * (conservatoire national supérieur de musique) ou dans une institution équivalente à l’étranger.
* il y a deux CNSM  : celui de Paris et celui de Lyon. On entre au CNSM entre 15 ans (pour les plus brillants) et 25 ans, selon les disciplines.

Le niveau du concours d’entrée au CNSM étant très élevé, la progression dans les CRR et conservatoires municipaux est donc une pente assez raide. Les enfants qui y démarrent leur scolarité musicale à 7 ans se trouvent aspirés dans cette logique professionnalisante sans qu’on leur propose une alternative plus “détendue”.
Pourtant on sait que seulement 1% des élèves de ces conservatoires deviendront des musiciens professionnels. Si la pédagogie de ces établissements contribue à cette professionnalisation, on peut également se demander si elle ne favorise pas en même temps le rejet de la pratique musicale par une partie des 99% d’élèves restants…
Car en effet, la pratique musicale peut se vivre de façons très différentes : un instrumentiste qui aime la musique classique peut trouver son bonheur dans l’interprétation d’oeuvres simples (en termes de technique instrumentale), et ainsi ne pas vouloir se lancer dans une carrière pro dans le classique qui requiert en général le travail d’oeuvres plus difficiles. D’autres musiciens choisissent de se consacrer à des répertoires de “musiques actuelles” dont la technicité instrumentale n’est pas très élevée. Parmi ceux-là, certains deviennent professionnels, avec ou sans l’aide du conservatoire. Mais, pour l’instant, les conservatoires ne répondent pas à ces motivations. Peu de responsables semblent s’y intéresser.

Les enfants qui choisissent d’apprendre le piano ou le violon au conservatoire doivent la plupart du temps se plier à une exigence de progression technique élevée. Ceci s’explique sans doute par la très forte demande concernant ces instruments, et peut-être aussi pour des raisons d’état d’esprit autour de l’enseignement de ces instruments dans les milieux “académiques”. Mais surtout, les enfants expliquent souvent leur démotivation par les cours de “formation musicale” dont ils sont nombreux à sortir, la mine totalement déconfite…

Beaucoup de notions théoriques sont abordées en formation musicale, mais la plupart viennent tôt dans l’apprentissage, et sont présentées déconnectées de leur finalité.

Le niveau exigé en lecture de notes et de rythmes (c’est la partie “solfège” du cours) progresse vite en difficulté, (parfois sous la pression des professeurs d’instruments !), écartant rapidement les enfants qui n’arrivent pas à suivre. D’autre part, une fois passés les 3 axes privilégiés du cours : théorie, solfège et travail de l’oreille, souvent il ne reste plus de temps pour un moment consacré à l’écoute d’oeuvres, et à la découverte des courants esthétiques musicaux de l’histoire et du monde et de leurs compositeurs représentatifs. D’ailleurs, la culture musicale au conservatoire a ses limites ; il n’y est jamais vraiment question de Pop de Rock ou de Soul music. Quand parfois on voit poindre une partition de Scott Joplin ou des Beatles, c’est vraiment la limite de l’encanaillement… La musique classique (et son héritage dans la musique contemporaine) est la référence culturelle essentielle (pour ne pas dire unique) des conservatoires. Certains disposent d’une “classe de jazz”, et le CRR de Paris (rue de Madrid) possède même une classe de “musiques actuelles”, mais ces classes ne sont que des options un peu en marge, et il y a peu de places.